Avril 2000, Un Mois D’horreur : Le Meurtre De 14 Manifestants Encore Impuni - 5 Mai 2014 - écrit par Gambia Initiative

Avril 2000, Un Mois D’horreur : Le Meurtre De 14 Manifestants Encore Impuni - 5 Mai 2014 - écrit par Gambia Initiative


Le 10 avril 2000,  des élèves excédés par la brutalité des forces de l’ordre sur leurs camarades décident de braver l’injustice des autorités et descendent dans les rues du Greater Banjul Area (région de la capitale et ses environs). Ils réclament justice suite à la mort de leur camarade Ebrima Barry (19 ans) brutalisé à mort par les pompiers et le viol de Bineta Manneh (13 ans) par un homme « en tenue ». 

Sous la houlette de l'Union des étudiants de la Gambie (GAMSU), ces élèves exigent alors des poursuites contre les responsables de ces deux crimes atroces. Le gouvernement refuse leur demande de manifestation pacifique. La GAMSU décide de protester de toute façon, et des milliers d’élèves se réunissent le 10 Avril, habillés de leurs uniformes d’écoliers, et de défier les autorités.  

Le gouvernement réagit violemment en envoyant les forces de sécurité qui tirent à balles réelles sur les jeunes, entrainant ainsi  le massacre horrible de plus d’une douzaine d’élèves, un volontaire de la Croix rouge et un journaliste. 
Reginald  Carrol, Karamo Barrow, Lamin A. Bojang, Ousman Sabally, Sainey Nyabally, Ousman Sembene, Bakary Njie, Claesco Pierra, Momodou Lamin Njie, Ebrima Barry, Wuyea Foday Mansareh, Bamba Jobarteh, Momodou Lamin Chune, Abdoulie Sanyang, Omar Barrow, Burama Badjie tous succombent sous les balles des forces de sécurité. 

Manifestation et répression 
La répression se poursuit le 11 avril et des dizaines d’élèves et individus sont interpellés les jours suivant la manifestation. Ils sont jetés en prison et torturés. Les familles des élèves détenus saisissent alors la justice, qui exige leur libération. Des boucliers se forment et des militants des droits humains défendent les jeunes arbitrairement privés de leur liberté. Cet épisode de la bataille pour le respect des libertés va être relativement court avant que la machine répressive ne reprenne le dessus. 
  
Une Commission d’enquête (Coroner Inquest) sera alors mise sur pied par le gouvernement pour situer les responsabilités. Le rapport accablant de cette enquête désigne le gouvernement. Ce dernier rejette toute responsabilité de même que les recommandations et refuse de rendre public le rapport final. 

Résultat : des familles qui restent sans aucune information sur le sort de leurs membres figurant parmi les victimes. 
La machine répressive est ensuite lancée à fond pour réduire au silence les voix qui demandent justice. Et avec le temps, l’affaire vient s’ajouter à la longue liste des crimes restés impunis dans le pays. 

Au delà des morts, d’autres personnes ont été blessées et vivent aujourd’hui avec des handicaps qui sont le résultat des violences qu’elles ont subies lors de ces évènements. 

Pourtant, le droit à la manifestation est l'une des pierres angulaires de la démocratie et est protégé par divers textes : la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Charte africaine des droits de l’homme et des Peuples dont la Gambie est signataire. 

Mieux encore,  l'article 25 de la Constitution gambienne protège la liberté  de réunion, de manifestation pacifique et la liberté d'expression. 

En dépit de toute cet arsenal juridique qui protège les citoyens gambiens, quatorze ans plus tard, les tueurs et ceux qui ont donné les ordres n'ont jamais été inquiétés. Le meurtre du jeune Ebrima et de ses autres camarades reste toujours impuni. Les survivants blessés et les parents des victimes attendent toujours justice des autorités gambiennes. 

Rappel des faits 

En mars 2000, Ebrima Barry, un étudiant de 19 ans de la ville de Brikama, en Gambie, s’est disputé avec son professeur qui l’a suspendu. L'enseignant a alors appelé le service des pompiers pour sortir Ebrima de la classe. Les pompiers ont non seulement sorti  Ebrima de l’école, mais l'ont transporté à leur caserne où ils l’ont vraisemblablement battu, déshabillé, rasé la tête et forcé à avaler du ciment. Ebrima Barry a pu rentrer à la maison ce soir-là, et a raconté son calvaire à sa mère. Le lendemain, 9 Mars, il succombe à ses blessures. 

Les élèves de l'école secondaire ou étudiait Ebrima ont convergé vers la caserne des pompiers, mais ont été rapidement dispersés par la police. L'Union des étudiants de la Gambie (GAMSU) a exigé une autopsie pour déterminer la cause de la mort. Le gouvernement, n’a pas condamné les violences des services des pompiers, et n’a pas fournit les efforts nécessaires pour élucider la mort de l’élève. L'autopsie a conclu à une mort naturelle. 

Alors que les élèves Gambiens demandaient encore une condamnation pour la mort d’Ebrima, une jeune fille de 13 ans, Binta Manneh est violée par un homme en tenue. 


 

Par Fatou Jagne Senghore et Khady Diallo - Fatou Jagne Senghor et Khady Diallo sont respectivement Directrice pour l'Afrique de l'Ouest et Assistante de Programme Sénior à ARTICLE 19.